Une absence est aussi un message
En septembre 2019, le Premier ministre britannique Boris Johnson a rencontré le président de la Commission européenneJean-Claude Juncker au Luxembourg dans le cadre d’un déjeuner de travail consacré aux négociations sur le Brexit. À l’issue de cette rencontre, Johnson a également rendu visite au Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel, avec qui un point presse était prévu sur la place devant le ministère d’État.
Cependant, une centaine de manifestants s’étaient rassemblés à quelques mètres, huant bruyamment la présence de Johnson et sa politique liée au Brexit. Face à cette situation, le Premier ministre britannique a finalement décidé de ne pas se présenter à la conférence de presse.
Son absence a offert à Xavier Bettel une plateforme idéale pour s’exprimer et exposer les positions et frustrations de l’Union européenne. Il a maintenu le point presse, se tenant à côté d’un pupitre vide, devant le drapeau britannique. Les images de cet épisode sont rapidement devenues virales, suscitant à la fois critiques et moqueries : certains ont dénoncé la supposée lâcheté de Johnson, d’autres l’arrogance présumée de Bettel.
Inspirée librement de l’adage en science politique sur les « chiens qui n’aboient pas », notre formule « l’absence peut aussi être un message » se prête à plusieurs niveaux de lecture.
APPARENT : l’absence de Johnson, qui évite le point presse
Au niveau le plus évident, cette formule renvoie au refus de Johnson d’affronter les manifestants. Le constat est simple. Mais le message réel de cette absence reste ouvert à interprétation : lâcheté ? calcul politique ? ou simple volonté d’éviter une séquence médiatique négative, jugée sans intérêt ?
SOUS-JACENT : l’absence du Royaume-Uni, alors que son appartenance à l’UE est en jeu
Au-delà de l’absence physique de Johnson, sa présence au Luxembourg rappelait le départ imminent du Royaume-Uni de l’Union européenne. Son absence lors du point presse, tandis que le drapeau britannique restait visible en arrière-plan, a ainsi pris une dimension symbolique forte, presque une métaphore de ce retrait. Était-ce une forme de « chaise vide » en devenir ?
HYPOTHÉTIQUE : l’absence de Bettel, qui aurait pu annuler l’événement
Notre formule peut aussi suggérer que Xavier Bettel avait la possibilité d’annuler le point presse lorsque Johnson a décidé de ne pas y participer. La couverture médiatique aurait sans doute été similaire dans son essence, bien que différente dans sa portée, mais sans les critiques sur une éventuelle mise en scène jugée inappropriée. Et pour son pays ?
En termes de relations publiques, chacun de ces interprétations offre des enseignements :
- Évaluer chaque opportunité de communication
- Construire et entretenir des relations durables
- Anticiper les effets pervers (ou inattendus)
- Fonder sa communication sur un positionnement clair
En résumé, cet épisode rappelle avec force la théorie des « chiens qui n’aboient pas » : l’absence de réaction est, en soi, porteuse de sens. Les intentions et les raisons derrière ce silence varieront toujours. Quoi qu’il en soit, pour 2020, nous vous souhaitons de nombreuses occasions de faire entendre votre voix. Excellente année à vous.